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Cyclo-blog Magdalena DE SAINT JEAN |
Si le dopage n’était pas un véritable problème de santé publique, je me limiterai à la marionnette de Virenque sur canal + qui reprenait en boucle la phrase culte prononcée lors du tour de France
1998 : « J’ai été dopé à l’insu de mon plein gré », ou au propos du candidat Sarkozy à la Présidence française (L’Équipe Magazine, mars 2007) « Mais attendez, s’il y a une
pilule, il faut me la donner ! Moi, je combats le dopage… » ou encore le Général de Gaule cité dans l’Equipe Magazine du 23 juillet 1994 « Dopage ? Quel dopage ? A-t-il
oui ou non fait jouer la Marseillaise à l’étranger ? ». Pourtant en 2011, l’inculpation du Dr Fuentes en Espagne pour atteinte à la Santé Publique, Ricco hospitalisé plusieurs jours en
février après semble-t-il une auto-transfusion, le 1er cas d’athlète positif à l’hormone de croissance (voir supra) cette même année, tout ceci témoigne du fait que cela demeure un sujet
d’actualité, mais aussi un véritable problème de Santé Publique. Pour illustrer la complexité et l’évolution du problème sur les 25 dernières années, le plus rapide est de résumer Laurent Fignon
dans son livre confession « Nous étions jeunes et insouciants », où en matière de dopage on serait passé de la dynamo à la centrale nucléaire ou tout du moins à la pile nucléaire…
Certains seraient prêts à autoriser le dopage (propos récents de Yannick Noah), puisqu’ils font le constat que de nombreux sportifs passeraient au travers des contrôles. Vive l’athlète bionique!
À quand le retour au jeu du cirque? « Ave Caesar, Morituri te salutant » (Ave César, ceux qui vont mourir te saluent) que clamaient les gladiateurs avant de combattre dans les arènes
romaines. Pourtant, en tant que parent responsable de notre progéniture et en tant que sportif ou spectateur, je ne peux pas me résoudre à laisser croire à un jeune sportif, à un jeune tout court
que performance sportive rime avec dopage. Heureusement, il est encore possible de faire du sport de compétition sans se doper. J’aborderai successivement les points suivants : définition du
dopage ; des exemples empruntés au cyclisme ; les effets de plusieurs substances dopantes ; et surtout existe-t-il un moyen efficace d’empêcher le dopage ?
Par définition, le dopage est l’utilisation de substances ou de méthodes interdites destinées à augmenter les capacités physiques ou mentales d’un sportif. Le dopage renvoie obligatoirement au
sport et aux sportifs. Cette distinction est majeure, et s’oppose à l’amalgame trop souvent pratiqué, selon lequel nous aurions tous (sportifs et sédentaires) une propension à nous doper quand
nous utilisons des stimulants tel que la caféine par exemple. La caféine n’est considérée comme produit dopant pour un compétiteur contrôlé qu’après une consommation en très grande quantité,
beaucoup plus importante qu’un petit noir sur le coude (taux supérieur à 12 microgramme/l dans les urines). Il faut souligner que les produits stimulants régulièrement cités tel que la cocaïne,
les amphétamines ou assimilées qui sont consommés par un étudiant qui passe des examens, par un homme politique ou par un trader qui ont besoin d’un « coup de fouet », figurent bien
dans la liste des produits dopants mais ce n’est pas du dopage, c’est tout simplement de la consommation de stimulants chez des non-sportifs dont certains sont des drogués. Il est évident que
certains sportifs dopés sont des drogués, et ceci est un autre aspect du problème que nous ne développerons pas ici. L’amalgame qui consiste à inclure dans le dopage tous les consommateurs de
produits dopants c’est déjà le premier pas vers une conciliation devant un fait délictueux qui concerne exclusivement les sportifs compétiteurs. Ce mélange des genres entre nos fantasmes (être
plus fort, plus viril, plus performant) et une réglementation draconienne contribue à complexifier notre perception de ce problème. Pour clarifier le propos : un sportif qui participe à des
compétitions, un règlement, avec des instances habilitées et des professionnels désignés pour appliquer le règlement avec des sanctions définies.
Pour illustrer le dopage, le cyclisme s’impose. Pour mémoire la mort de Tom Simpson sur le Mont Ventoux, quand amphétamines-déshydratation et effort se sont conjugués pour en arriver là. Il y a une culture du dopage dans ce sport, alors que dans les autres sports, c’est de la préparation physique… Je prendrai 2 exemples rapportés par 2 grands journalistes : Albert Londres et Pierre Chany. Tout d’abord l’extrait homérique tiré de Tour de France, tour de souffrance d’Albert Londres sur le Tour 1924. « Vous n’avez pas idée de ce qu’est le Tour de France dit Henri (Pélissier), c’est un calvaire. Nous souffrons du départ à l’arrivée. Voulez vous savoir comment nous marchons ? Tenez : de son sac il sort une fiole : ça c’est de la cocaïne pour les yeux, ça c’est du chloroforme pour les gencives… de la pommade pour me chauffer les genoux. Et des pilules ? Voulez vous voir des pilules ? Tenez voilà des pilules ? Ils en sortent 3 boîtes chacun. Bref dit Francis Pélissier, nous marchons à la dynamite ». Quelques décennies plus tard, à l’époque d’Anquetil Chany écrivait « C’était l’époque, mais y eut-il une époque pour cela, où les coureurs cyclistes n’imaginaient pas qu’on pût gagner une grande course sans avaler une pastille ». Le même journaliste a également écrit « Croyez-vous que l‘éthique du sport sera la même chez un garçon qui sort d’Oxford que chez un apprenti fraiseur d’Aubervilliers ? Non, il y en a un qui a les moyens d’avoir une éthique et un autre qui n’en connaît même pas le mot, qui va se faire tout seul, et qui n’a que ses poings ou ses jambes pour s’en sortir dans la vie » faisant ainsi allusion à la boxe ou au vélo comme promotion sociale. Sur le fond ces écrits de Chany rejoignent les propos d’athlètes prêts à sacrifier 10 ans de leur vie pour gagner en se dopant, quand l’appât du gain, et l’accès à ce quart d’heure de notoriété auquel nous aspirerions tous d’après la théorie d’Andy Wharrol nous rapprochent encore davantage de la fameuse damnation de Faust : « vendre notre âme au diable » (Faust).
Les classes de médicament en vogue dans le vélo sont les bêta-stimulants qui améliorent les capacités respiratoires et l'accélération finale, les corticoïdes qui sont antifatigues et antistress,
l'éphédrine qui est un stimulant, l'érythropoïétine ("Epo") équivalent de l’autotransfusion qui améliore l'endurance via la VO2 max. Voilà pour le versant émergé de l'iceberg (10 % du bloc de
glace…). Attardons nous, sur le versant caché de l'iceberg, que beaucoup refuse de reconnaître:
- les bêta-stimulants peuvent provoquer des tremblements musculaires, une accélération du rythme cardiaque, des maux de tête
- les corticoïdes diminuent les défenses immunitaires, peuvent provoquer une décalcification osseuse ("fracture de fatigue ”), diminuent la masse musculaire. De plus il peuvent entraîner un
diabète, voire des troubles neuro-psychiques.
- l'éphédrine accélère le rythme cardiaque et augmente aussi la tension artérielle. Des effets néfastes sont classiques comme les maux de tête, les insomnies, l'accélération du transit
intestinal
- l'érythropoïétine, c'est le top du danger avec des risques d'occlusion des gros vaisseaux (accident vasculaire cérébral, embolie pulmonaire…) des convulsions. De nouveaux produits (Mircera,
Hematide, Sestide) remplaceraient l’EPO. Ces nouvelles molécules sont plus petites, moins dangereuses et seraient utilisées comme diluant du sang pour masquer une prise d’anabolisants ou
d’EPO.
- les stéroïdes anabolisants comme la nandrolone et la testostérone peuvent entraîner pour la Nandrolone des cancers du foie, des infarctus, un arrêt de la croissance chez les sportifs jeunes et
pour la testostérone cancer, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale ou insuffisance hépatique sévère.
- l’hormone de croissance est fabriquée naturellement chez l’homme. Les effets recherchés sont un effet anabolisant qui augmente la synthèse des protéines, et augmente le nombre des cellules
musculaires. Il serait ainsi possible d’augmenter de près de 10 % la masse musculaire sèche. De plus cette hormone entraîne une diminution des graisses. La demi-vie dans l’organisme n’étant que
de quelques heures, cette hormone est rarement détectée. Le 1er cas de contrôle positif à l’hormone de croissance vient de se produire. Ce cycliste professionnel est suspendu provisoirement dans
l'attente de son audition par sa fédération cycliste. Ce coureur avait déjà été contrôlé positif à la testostérone en 2007, congédié de son équipe pour avoir refusé l'analyse de l'échantillon B.
Quelques mois plus tard, il a admis avoir utilisé un onguent contenant de la testostérone, ainsi qu'avoir fait l'usage d'EPO et de transfusions sanguines. Pour avoir admis sa faute, il a été
suspendu un an. Le test a été effectué en février 2011 à l'occasion d’une course helvète, a indiqué l'Union cycliste internationale (UCI). « Il s'agit de la première suspension prononcée sur
la base du test de détection de l'hormone de croissance dans le cyclisme et de l'un des premiers cas tous sports confondus », a souligné l'organisation (Une 10zaine de sportifs auraient été
contrôlés positifs depuis qu’un test est utilisé lors des contrôles. Source Sport & Vie). L’hormone de croissance semble donc un produit très prisé pour atteindre le meilleur rapport
poids-puissance très cher aux théoriciens du sport. Les risques sont l’hyperglycémie, le diabète, l’acromégalie (hypertrophie des os et des tissus) et peut être maintenant de se faire contrôler
positif depuis qu’un test a été mis au point…
En pratique, tous ces produits sont utilisés selon des programmes de préparation très pointilleux, avec des combinaisons diverses et variées pour obtenir l’effet escompté en évitant simultanément d’être contrôlé positif. Les modalités d’administration sont la voie orale, et l’injection intra-veineuse ou intra-musculaire. « À l’insu de mon plein gré », prend ici tout son sens, car les sportifs dopés parviennent à se convaincre et finiraient même pour certains, par ignorer qu’ils se dopent. Pour beaucoup, c’est peut-être de la préparation physique, un programme de récupération, de la régénération… Quant au risque de décès, il est occulté plutôt qu’ignoré, ou intégré comme un simple risque, à l’image de la chute ou de l’accident qui risque de survenir que ce soit à l’entraînement ou en compétition. Pourtant l’accident thrombo-embolique, l’insuffisance rénale, le cancer obèrent sérieusement l’espérance de vie. Et parfois, la sanction peut-être rapide et hélas conduire au décès.
Une des grandes avancées de ces 2 dernières décennies dans la lutte anti-dopage a été de reconnaître que tous les sports de compétition étaient touchés. Pas seulement le cyclisme. C’est
probablement chez les cyclistes que l’on retrouve le plus de positifs, mais il y a peut-être 2 explications à cela : les contrôles sont systématiques dans les grandes épreuves nationales et
internationales et les cyclistes cumulent plus d'une 100aine de jours de compétition sur une année. Lors du Tour de France, le porteur du maillot jaune est contrôlé chaque jour qu’il porte ce
maillot. Cela peut aller du simple contrôle urinaire aux prélèvements sanguins. Pour la petite histoire, sachez que pour effectuer ce contrôle urinaire, il est demandé à l’athlète d’uriner devant
un médecin habilité à réaliser le contrôle ou l’un de ses adjoints. Pourquoi ce manque d’intimité ? Tout simplement, parce qu’on avait trouvé un vainqueur d’une étape du Tour de France
enceint. Une première mondiale ! Les urines qu’il avait déposées dans le flacon et qu’il avait dissimulées dans une poire en caoutchouc, provenaient d’une femme enceinte.
Pour dissimuler l’utilisation de produits dopants, il existe les produits masquants (à condition qu’ils soient connus et identifiés comme tel), l’emploi de « dilution » permettant de
diminuer les paramètres biologiques mesurés à l’aide d’une perfusion (Au Giro 1999 le dernier jour de compétition le leader a été surpris dans sa chambre à 6h du matin par la police italienne
avec une perfusion en cours de sérum physiologique afin d’abaisser son hématocrite anormalement élevé par la prise d’EPO). Je crains qu’il n’existe d’autres méthodes de dissimulation, mais à
défaut de les connaître, il faut souligner que l’on a largement dépassé le stade de la poire en caoutchouc sus-citée. L’UCI a interdit en 2011 l’utilisation de perfusions ou d’injections lors des
grandes épreuves (seringues, aiguilles) sauf pour des raisons médicales afin d’éviter le recours aux produits dopants ou masquants. Fini l’époque ou certaines équipes professionnelles (pas toutes
++) se déplaçaient avec ce type de matériel.
Depuis quelques années, les cyclistes et les autres sportifs de haut niveau doivent se soumettre au passeport biologique qui permet de surveiller les paramètres biologiques sensibles
(hématocrite, hémoglobine, ferritine, taux de réticulocytes ce qui correspond à la proportion de jeunes globules rouges, etc…) et parfois de reconnaître quelques invraisemblances qui peuvent
attirer l’attention sur tel sportif. C’est à partir des passeports biologiques des 198 coureurs du Tour 2010 que l’Equipe avait pu titrer le 13 mai 2011 « Tous suspects : la liste qui
dit non ». Les sportifs de haut niveau inclus dans le groupe cible remettent chaque trimestre toutes leurs différentes adresses au cours de la saison pendant et hors compétition pour être
accessible à tout contrôle inopiné. Cette disponibilité permet d’être contrôlé chaque jour sur un créneau horaire déclaré à un endroit donné. Cela peut paraître contraignant, mais c’est d’abord
une obligation réglementaire, pour accéder aux grandes compétitions. A l’image de la poire à urine qui a imposé à tout contrôlé d’uriner devant le médecin accrédité, des révélations sur les
méthodes actuellement utilisées (exemple notamment de Kohl qui avait détaillé dans l’Equipe du 9 juin 2009 ses auto-transfusions et toute la logistique nécessaire) ont conduit les instances
anti-dopages à développer davantage le passeport biologique avec un nombre de contrôle défini durant la saison pour un sportif donné, complété si besoin de bilans supplémentaires inopinés,
lorsqu’une suspicion apparaît. Les sportifs de haut niveau sont passés de libre comme l’air en dehors des compétitions, au passeport biologique avec la géolocalisation. La sophistication des
programmes dopants a imposé ces pratiques parfois décriées. N'oublions pas qu'un sportif suspect ne veut pas systématiquement dire dopé. Entre le dopé et le non dopé, il y a
le cas du suspect (paramètres biologiques surprenants sans être anormaux, performances sportives inattendues, confidences ou dénonciations à des instances policières ou judicières dans le cadre
de trafic de produits dopants, etc...). La géolocalisation avec ses contrôles inopinés est un outil supplémentaire pouvant permettre dans ces cas litigieux de mieux définir s'il y a ou non
dopage. A noter que les contrôles inopinés peuvent être réalisés à titre systématique sans pour autant que le sportif soit suspect.
Quelle solution pour enrayer cette tricherie caractérisée qui éloigne le sportif compétiteur de l’effort bénéfique à l’épanouissement physique et mental ? Le sport est censé représenter la
santé, la jeunesse, la vitalité, la rigueur, le travail, l’exemplarité. Certains sportifs sont ou deviendront des exemples pour des jeunes en construction. Le dopage est le vice qui mine ce
concept.
La principale action repose sur la détection des produits dopants chez le sportif contrôlé, avec une sanction déclinée différemment selon le contexte. Les tests utilisés par les
laboratoires habilités doivent être validés par les instances antidopage, d’où le retard entre la mise au point d’un test de laboratoire qui doit franchir plusieurs étapes incontournables et un
produit dopant qui est parfois déjà diffusé auprès de sportifs recherchant des produit dopants encore inconnus, car indétectables (par chance, les laboratoires pharmaceutiques continuent à
découvrir des nouveaux médicaments dont peu se révèlent utilisables pour des pratiques dopantes). L’approche présente est de faire des contrôles antidopages lors des compétitions sportives et de
favoriser la détection des cas positifs en réalisant des contrôles inopinés (ne concerne que les sportifs géolocalisables appartenant au groupe cible). Le suivi longitudinal se rajoute pour mieux
apprécier la cohérence des données biologiques obtenues à partir de prélèvements sanguins et les performances obtenues lors d’un test d’effort conjoint. Nous avons largement dépassé la pancarte
50% d’hématocrite des années Festina à une période où l’on ne savait pas détecter l’EPO, et l’on peut remarquer qu’ils ont été les seuls à se faire prendre sur ce tour 1998. Chaque mois apporte
des cas de sportifs dopés seuls ou conseillés par des médecins, sportifs qui seront ou non sanctionnés en fonction des produits utilisés (produits dopants, produits masquants), du sport concerné,
du pays qui a fait le contrôle et du pays d’origine du sportif. Ainsi, l’Espagne et certains pays de l’ex-bloc de l’est n’auraient peut-être pas la même approche que la France, d’après Noah.
D’autres diront que l’inefficacité apparente d’une majorité de contrôles doit conduire le politique à diminuer ses dépenses dans une période d’austérité importante, voire légaliser le dopage...
Pour l’instant la France se contente de diviser par 2 le budget de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) qui est le seul organisme français habilité à contrôler, dont le budget
annuel était auparavant de 8,7 millions d’€, et a été ramené en 2010 à 4,7 millions. Il faut pourtant payer les professionnels habilités à réaliser les contrôles anti-dopage. Tout vice de
procédure lors du prélèvement pourra permettre à l’athlète contrôlé d’entamer un recours. Il faut payer les laboratoires qui recherchent les produits dopants. Est-ce envisageable de
privatiser les contrôles anti-dopage ? Quand des voix s’élèvent pour dénoncer la collusion entre des médicaments interdits et des enjeux financiers importants (pari en ligne, sponsoring, etc), la
réponse à cette question se rapproche du NON. L’exemple en France de l’AFFSAPS (agence contrôlant les médicaments) financée par les laboratoires pharmaceutiques pour épargner des dépenses
publiques vient de montrer ses limites récemment avec l’épisode du vaccin contre la grippe, et le dossier Mediator.
Ai-je une solution efficace pour enrayer le dopage ? Une expérience réalisée en 2005 que vous connaissez tous m’a mis sur la voie. Lors du 1er tour de France gagné par Lance Armstrong en
1999, des prélèvements sanguins de ce cycliste ont été conservés. À la suite de sa 7ème victoire consécutive dans le Tour de France en 2005, ces prélèvements sanguins ont été décongelés et il a
pu être démontré 7 ans après, qu’Armstrong était positif à l’EPO. Il faut souligner qu’en 1999, les laboratoires ne pouvaient pas détecter l’EPO, d’où le fameux seuil des 50% d’hématocrite (on
parlait même avant ce fameux seuil d’un Monsieur 60% devenu Directeur sportif et qui a reconnu depuis s’être dopé à l’EPO). Cette analyse à posteriori n’avait aucune valeur légale, puisque
c’était hors des procédures réglementaires. En quelque sorte s’il était positif sur le prélèvement testé, il n’était pas dopé ! LA n’a d’ailleurs jamais intenté une action en justice contre
ce résultat qui entachait ses victoires, au moins celle de 1999. C’est la solution. Les prélèvements de toute sorte qui sont actuellement réalisés continueraient à être analysés immédiatement
mais pourraient également être conservés 8 ans. Pourquoi 8 ans : c’est la durée actuelle maximale de conservation de ce type de prélèvements, et c’est aussi la durée du délai de prescription
retenue par l’Agence Mondiale Antidopage (ce délai de 8 ans commence le jour du contrôle, et est interrompu par tout acte d’instruction ou de poursuite, art L232-24-1). Durant cette période de 8
ans, les progrès dans la détection des produits dopants, la connaissance de nouveaux produits inconnus à ce jour, les révélations d’athlètes ou de médecins rattrapés par la patrouille permettront
de pouvoir reprendre les prélèvements conservés et de découvrir à posteriori que tel athlète négatif au contrôle initial était en fait positif avec les dernières technologies développées par les
laboratoires ou réellement négatif. En cas de positivité, on peut imaginer les sanctions que vous voulez. Mon propos n’est pas de me substituer aux instances réglementaires et judiciaires.
Souvenez vous juste qu’avant la sanction, il faut d’abord trouver des procédures plus efficaces. À moins que l’on préfère « Ave Dollar, morituri te salutant”
Pour en arriver là, il faut une volonté politique forte qui devra contourner les obstacles institutionnels que sont l’hypermédiatisation des grandes compétitions, la financiarisation du sport et
des sportifs. La chute de l’URSS et de la RDA a permis de révéler au grand jour des pratiques de dopage à grande échelle pour la gloire de la Nation… Il serait surprenant qu’en 2012, toutes les
nations se désintéressent de leurs athlètes médaillables aux JO ou aux championnats du Monde. Sans oublier qu’individuellement certains athlètes auront recours au dopage. Le passeport biologique
et la géolocalisation ont été un 1er pas important, il faut maintenant y adjoindre la conservation prolongée des prélèvements pour prendre en défaut l’avance des trafiquants sur les laboratoires.
Même si la solution est évidente, les modifications de la législation et de la réglementation prendront probablement quelques années, à moins qu’il y ait une volonté politique de mondialiser ce
dossier pour accélérer le processus qui est déjà bien avancé… A suivre !